Avec une visite réduite à quelques heures à Alger et Tunis et pas d'étape marocaine, annulée pour d'obscures "raisons de calendrier", Nicolas Sarkozy fait le service minimum mardi pour sa tournée au Maghreb. Il y défendra son projet d'"Union méditerranéenne".
Le président français est attendu mardi matin à Alger pour un entretien et un déjeuner de travail avec le président Abdelaziz Bouteflika. Il s'envolera ensuite pour Tunis, où il prévoit d'avoir un entretien suivi d'un dîner de travail avec le président Zine El Abidine Ben Ali.
Contrairement au projet initial, Nicolas Sarkozy ne fera pas étape au Maroc. Cette visite a été "reportée à la demande des autorités marocaines pour des raisons de calendrier", expliquait vendredi le porte-parole de l'Elysée David Martinon, sans donner plus de précisions. Nicolas Sarkozy se rendra au Maroc dans la deuxième quinzaine du mois d'octobre, a-t-il précisé.
Le président français entend défendre auprès de ses interlocuteurs son projet d'Union méditerranéenne, destinée à améliorer la coopération entre les pays du pourtour de la Mer méditerranéenne dans les domaines de la lutte contre l'insécurité, du développement durable, de l'énergie, du codéveloppement ou de la gestion des migrations. La logique est celle "des réalisations concrètes" pour "créer des solidarités de fait", a expliqué David Martinon.
Ce projet "a reçu un écho très favorable chez tous nos partenaires méditerranéens et tout particulièrement dans les pays du Maghreb", a-t-il assuré. "Le président Sarkozy ne se rend pas au Maghreb avec un projet tout fait, qui serait à prendre ou à laisser", a-t-il précisé.
Aux yeux du chef de l'Etat, c'est un "déplacement extrêmement important", a souligné le porte-parole de l'Elysée. C'est le premier voyage de Nicolas Sarkozy à l'étranger hors d'Europe depuis son élection. Cette visite doit confirmer "l'amitié à la fois unique et indéfectible" entre la France et ses deux pays. Reste que l'ambiance demeure fraîche entre Paris et Alger.
Les relations franco-algériennes, déjà tendues, se sont nettement dégradées après l'adoption par les députés français en février 2005 d'un article de loi évoquant le "rôle positif" de la colonisation. Si cette mention a depuis été supprimée, Alger n'est pas revenu sur sa colère.
Venu en Algérie en novembre 2006, Nicolas Sarkozy a eu droit à un accueil froid, le président Abdelaziz Bouteflika se refusant à prononcer des paroles d'apaisement avec la France quand le candidat UMP à la présidentielle excluait toute "repentance" française. "Il est tout à fait clair que nous sommes condamnés à avoir un avenir commun", avait alors lancé M. Bouteflika aux journalistes. "Nous ne pouvons rien contre les lois de la géographie (...) Par voie de conséquence, il y a quelque part une condamnation, une fatalité qu'il faut assumer positivement."
Pour Nicolas Sarkozy, "il ne sert à rien d'ajouter des blessures et des humiliations aux blessures et aux humiliations du passé", a encore expliqué David Martinon. "Il ne s'agit pas pour la France de faire acte de repentance, mais de ne pas ajouter de nouvelles humiliations, car il y a eu des humiliations dans les deux camps."
Le traité d'amitié entre Paris et Alger, voulu par l'ancien président Jacques Chirac et dont la signature prévue pour 2005 a été reportée sine die, paraît quant à lui bel et bien enterré. "L'amitié entre la France et l'Algérie (...) ne peut pas se résumer à un traité", a expliqué le porte-parole du président français. "Evidemment, il n'est pas enterré", a-t-il assuré. Mais "ce n'est pas la priorité de Nicolas Sarkozy", qui estime que "l'amitié doit se traduire par des gestes concrets plutôt que par des déclarations".
Parmi les sujets qui devraient être au menu des discussions entre MM. Sarkozy et Bouteflika figurent la lutte contre le terrorisme, les relations économiques, et particulièrement les projets de coopération dans le nucléaire civil et l'éventuel rapprochement entre Gaz de France et l'entreprise publique algérienne d'hydrocarbures Sonatrach.
Nicolas Sarkozy pourrait aussi mettre sur la table la question des droits de l'Homme avec le président Ben Ali, a laissé entendre David Martinon. "Aucun sujet ne sera tabou dans ses contacts." AP
Source: Le Nouvel Observateur