

| éducation, enseignement : Tempête autour de la baguette du pain
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| le 10/7/2007 4:15:06 (165 lectures) Articles du même auteur |
Date 25/7/2007 11:53:41 | Sujet : Société
| « Touche pas à mon pain ! » Ce « slogan » sonne comme un refrain dans les propos des consommateurs dès que l’augmentation du prix de cette denrée est évoquée. « Parce que le pain n’est pas un aliment comme les autres », dira l’un d’eux. « C’est un véritable symbole », rétorquera un autre. LE premier souligne que de nombreux Marocains en font, avec le thé à la menthe, leur alimentation principale. Le second ressort le triste souvenir des « chouhada alkoumira ». Ces « martyrs de la baguette » tués à Casablanca et à Fès lors de manifestations contre l’augmentation du prix...du pain, en 1981. C’est pour dire que pareille décision est grave. Ses conséquences sociales et politiques sont imprévisibles. Et pas seulement au Maroc.
Le gouvernement le sait. Il met la main à la pâte à chaque fois que les boulangers montent au créneau pour réclamer une augmentation tarifaire. Depuis 2004, il a su faire passer l’orage. Mais pour combien de temps ?
Ces jours-ci, la crise du pain ressurgit. Rachid Talbi El Alami, ministre des Affaires économiques et générales a du pain sur la planche. A moins de deux mois de la fin de l’actuelle législature, le syndicat national unifié des boulangers et des pâtissiers remet sur la table la révision à la hausse du prix du pain. L’organisation veut anticiper la pénurie annoncée du blé et ne pas subir, sans réagir, les surcoûts de production.
Sans attendre la fin des concertations entre leurs représentants et le gouvernement, certains boulangers ont d’ores et déjà appliqué une première hausse de 20 à 30 centimes à Nador, Tétouan, Kénitra, Marrakech et dans quelques points de vente à Casablanca. La décision pourrait être généralisée d’ici la fin de ce mois de juillet. Serait-ce de la surenchère politique ou un recours tout à fait légitime et justifié ? Défenseurs de la hausse du prix du pain et leurs opposants sont divisés sur cette question. Du coup, une véritable guéguerre se prépare entre les deux camps. « Elle ne sera pas que verbale ! » Parole de militants contre la hausse des prix. L’été risque d’être brûlant, tout comme un pain chaud, très chaud.
Voici pourquoi le coût du pain augmente
L’augmentation de 20 à 30 centimes réclamée par le syndicat national unifié des boulangers et des pâtissiers concerne les prix de la miche de pain et la baguette basiques. Leurs arguments sont nombreux...
Préparés avec de la farine subventionnée, les pains basiques sont les plus consommés au niveau national. Leur prix est déjà passé chez certains boulangers de 1,20 DH à 1,30 à Nador, Tétouan, Kénitra, Marrakech et dans quelques points de vente à Casablanca. Dans certains commerces, le prix a même atteint 1,40DH. Les boulangers et les pâtissiers sont décidés à généraliser cette mesure dans tout le pays d’ici la fin de ce mois de juillet. Le gouvernement s’y oppose.
Le président du syndicat national unifié des boulangers et des pâtissiers, Lahoussine Azaz, se montre intransigeant : « je ne vois pas pourquoi la révision du prix du pain reste un sujet tabou, alors que les prix de l’huile, du beurre, du blé et du lait ont été révisés sans que cela ait suscité des réactions ». « L’eau et l’électricité coûtent beaucoup plus cher, tout comme l’ensemble des ingrédients entrant dans la composition du pain ainsi que le carburant et le bois qui permettent sa cuisson », avance le même responsable. « Le prix du pain est libre », insiste-t-il.
Autrement dit, n’étant soumis à aucune modération depuis 1994, ce prix peut augmenter à tout moment si la corporation des boulangers et des pâtissiers le décident. Dans les faits, cette liberté tarifaire est loin d’être totale. Le pain n’est pas une denrée comme les autres.
Déjà en 2004, la corporation des boulangers et des pâtissiers a remué ciel et terre pour augmenter le prix du pain. Elle n’a pas pu finalement le faire, le ministère des Affaires économiques, des affaires générales et de la mise à niveau de l’économie d’alors a tout fait pour freiner les ardeurs des professionnels. Pour les calmer, il s’est engagé à accompagner la mise à niveau de leur profession.
« Jusqu’à présent, cet engagement n’a pas été tenu », déplore L. Azaz. Pour ce dernier, le pire reste à venir. Son argument : « il y a une pénurie annoncée dans les quantités de blé tendre destiné à la farine subventionnée ». Cette farine est l’ingrédient de base pour la préparation du « pain populaire ». Prix du pain : Augmentera, n’augmentera pas ?
Les concertations sont en cours pour que la nouvelle demande d’augmentation du prix du pain présentée par les professionnels soit examinée. Jusqu’à présent, le gouvernement prend tout son temps avant de prendre une décision. C’est sûr que ce dossier, si brûlant, sera légué au prochain gouvernement. En attendant, certains boulangers vendent déjà leur pain plus cher.
C’est ce qui irrite le collectif de lutte contre la cherté de la vie. Son nouveau coordinateur national, Mohamed El Ghofri, crie au scandale. Pour lui, les petites bourses sont déjà suffisamment malmenées avec les augmentations des prix du lait, de l’huile... « Nous nous mobilisons pour répondre comme il se doit à cette tendance haussière incessante », martèle-t-il.
A en croire les prévisions de M. El Ghofri, si l’été échappe à une forte vague de protestation, la rentrée politique promet d’être chaude. Avis au prochain gouvernement ! Le prix du pain est libre. Oui, mais...
En principe, les prix des pains et de tous les dérivés des farines sont libres. Toutefois, ceux des pains issus de la farine de blé tendre de 200g sont régis par un accord de modération signé entre l’administration et la profession de la boulangerie. « Cet accord stipule entre autres que toute augmentation doit être justifiée par la hausse des prix de la farine ou des intrants. Et l’administration se garde le droit d’accepter ou de refuser l’augmentation en cas d’insuffisance d’argumentaire », précise une source du Ministère des Affaires Economiques et Générales.
Avant d’appliquer toute augmentation de l’un ou l’autre produit « protégé », les opérateurs concernés, par l’intermédiaire de leurs ministères de tutelle, adressent une demande au Ministère des Affaires Economiques.
Cette demande est examinée par une commission interministérielle des prix qui émet un avis. Et c’est le ministre des Affaires Economiques et Générales qui signe l’arrêté des prix et parfois conjointement avec le ministre de tutelle.
« En 2004, l’administration a autorisé la profession à augmenter les prix de 10 centimes par pain de 200g. La profession avait proposé unilatéralement d’autres augmentations mais sans suite », précise-t-on du côté du département des Affaires Economiques et Générales. L’Etat peut interdire l’augmentation du pain
La loi 06-99 sur la liberté des prix et de la concurrence promulguée par le Dahir n° 1-00-225 du 5 juin 2000 publié au bulletin officiel n°4810 du 6 juillet 2000 est entrée en vigueur le 6 juillet 2001. Ce texte stipule que l’Etat n’a plus le droit d’intervenir sur les prix, sauf dans des situations exceptionnelles expressément limitées par la loi : (article 3-4)
Ainsi, dans les secteurs ou les zones géographiques où la concurrence par les prix est limitée, soit en raison de monopole (ex : électricité, eau potable...), soit en raison de dispositions législatives ou réglementaires, les prix peuvent être fixés par l’administration après consultation du conseil de la concurrence (article 3).
De même, en cas de hausses ou de baisses excessives des prix résultant d’une situation exceptionnelle : soit une situation de crise, soit une calamité publique, soit une situation anormale du marché dans un secteur déterminé, l’administration peut prendre des mesures temporaires après consultation du conseil de la concurrence.(article 4). Produits encore réglementés au Maroc
Après la libéralisation du prix de l’huile, les produits qui demeurent réglementés au Maroc sont la farine nationale de blé tendre, le sucre, le tabac manufacturé, l’électricité, l’eau potable, les combustibles liquides et gazeux, les produits pharmaceutiques et à usage vétérinaire et les livres scolaires. Voici comment l’Etat protège la farine nationale
La farine nationale subventionnée (farine nationale de blé tendre), porte annuellement sur 10 à 12 millions de quintaux. Elle est subventionnée par l’Etat à hauteur de 2 milliards de DH. Son prix est fixé à 250DH le quintal. Ceux qui stockent cette farine reçoivent une subvention de 4 DH par mois et par quintal stocké. Les minotiers reçoivent une subvention de 143 DH par quintal pour la fabrication de la farine nationale. Le transport de ce produit est également subventionné à hauteur de 2 DH le quintal. Résultat des courses : la farine subventionnée est vendue aux commerçants à 182 DH/q, qui la revendent à un prix fixé à 200 Dh/q. Le prix de vente au consommateur final est fixé à 2 DH le kilo. Mais, la triche et la spéculation font que ce seuil n’est jamais respecté. Certains boulangers l’utilisent pour pétrir des pains de luxe qu’ils vendent au prix fort.
Réserves de blé : C’est la disette !
Au Maroc, les stocks de farine subventionnée sont presque épuisés. Le blé d’importation est la solution pour éviter la flambée des prix de cette matière et donc du pain. Mais où s’approvisionner ?
D’habitude, le Maroc protégeait la production céréalière nationale en dressant une bien haute barrière douanière devant les blés étrangers. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il n’y a rien à protéger.
A cause de la sécheresse, la récolte a été des plus faibles cette année.
Le pays se trouve obligé de recourir à une importation massive de céréales et surtout de blé tendre. Ce produit sert à la fabrication de la farine subventionnée (dite aussi nationale). C’est la seule solution pour éviter la flambée des prix de cette matière première et de bien d’autres : blé dur, orge... C’est ce qui pourrait éviter une hausse des tarifs des produits finis, dont notamment le pain.
Pour stimuler l’appétit des importateurs, le gouvernement a procédé à la mi-juin à la baisse de certains tarifs douaniers. De la sorte, les droits de douane à l’import sur le blé tendre ont été ramenés de 60 à 40% et de 95 à 55% pour le blé dur. Mais, cette mesure ne satisfait pas les minotiers. Ces derniers réclament des baisses encore plus conséquentes. Surtout que les prix à l’international sont à leur plus haut niveau.
Demande marocaine d’urgence...
Dans le cadre des accords du Maroc avec l’UE et les Etats-Unis, deux appels d’offres seront lancés dans les prochains jours pour l’importation de blé. Le premier portera sur 250.000 tonnes de blé tendre et 90.000 tonnes de blé dur d’origine américaine. Le second concerne l’importation de 250 000 tonnes de blé tendre en provenance de l’ UE.
L’Office national des céréales et des légumineuses (ONICL) a déjà lancé, le 21 juin, d’autres appels d’offres, hors contingent. Ils concernent 300.000 tonnes de blé tendre destiné à la fabrication de la farine nationale et 150.000 tonnes d’orge subventionnée destinée à la sauvegarde du cheptel.
Même si ces demandes étaient satisfaites, le Maroc reste loin du compte. La Fédération Nationale des Céréales et Légumineuses (FNCL) évalue les besoins nationaux en céréales à plus de 60 millions de quintaux.
La pénurie est mondiale !
Le recours du Maroc au marché international pour l’importation du blé et d’autres céréales, intervient dans un contexte de crise. Parce que cette année, le monde manque d’au moins 3 millions de tonnes de blé, selon différents centres d’analyse américains et européens. Principale cause : la sécheresse qui s’est montrée plus sévère que jamais. Les plus grands producteurs mondiaux de blé (l’Australie, l’Ukraine, la Russie, le Pakistan et le Canada) en sont affectés.
Parallèlement, la Chine a augmenté ses importations. Même l’Inde, autrefois autosuffisante, doit aussi importer 6 millions de tonnes cette année. Du coup, les prix flambent et les spéculateurs se frottent les mains. « Les produits de certaines céréales pourraient atteindre des prix de 20 à 50% supérieurs à leur moyenne des dix dernières années entre 2006 et 2016 », a déclaré récemment à l’AFP Loek Boonekamp, de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Autre circonstance aggravante : l’utilisation des céréales dans la production des biocarburants. Selon un document qui vient d’être publié par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), de nombreux pays, à commencer par les Etats-Unis, désormais, utilisent une partie des céréales (blé, maïs, soja) pour produire des biocarburants. L’Europe suit et vient d’adopter un plan afin que les biocarburants contribuent à 20% du total de l’énergie consommée d’ici 2020. Alerte à la guerre du pain !
L’OCDE, la FAO et aussi la Banque mondiale mettent en garde contre les conséquences de l’envolée des denrées alimentaires. Ces organisations craignent des émeutes de la faim à l’instar de l’explosion sociale qui a marqué le Mexique au début de l’année au moment où le prix du tortilla, le pain national fabriqué à partir du maïs, a flambé. Au début des années 80, les émeutes du pain avaient ensanglanté de nombreux pays dont le Maroc.
Cette alerte est fondée. Dans plusieurs pays, le gouvernement se trouve dans le pétrin à cause de l’augmentation, décidée ou pressentie, du prix du pain.
- Au Sénégal, la décision des boulangers d’augmenter le prix de la baguette de pain de 150 à 200 francs CFA a provoqué le tollé, en premier dans les rangs des ouvriers des boulangeries. Ces derniers se sont opposés à cette décision. En réaction, les boulangers menacent d’entrer en grève...Du pain. Ils voient mal comment ils peuvent encore tenir le coup. Surtout qu’une augmentation de 10% sur le prix de la farine les attend en septembre prochain.
- En Russie, dans certaines régions, le prix du pain a augmenté de 10 à 20 % ces dernières semaines. Une hausse liée à la montée du prix du blé et à la crainte d’une pénurie dans le pays. Les prix du pain pourraient grimper jusqu’à 50% d’ici fin 2007. Les autorités de Saint-Pétersbourg évoquent même une éventuelle introduction de tickets de rationnement dans la ville. Ce qui ne va pas faire plaisir au peuple.
- En Israël, c’est la pénurie ! De grandes boulangeries ont même stoppé la production de pain, protestant contre le refus du ministère israélien de l’Industrie et du Commerce de rehausser les prix du pain de 12% à la suite de l’augmentation des cours de la farine sur les marchés mondiaux et en Israël.
source : www.lereporter.ma
Source www.smart-http.com |
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